Une bonne dose de café… vie privée.

Bon, j’ai enfin un peu de temps pour moi pour avancer sur ce blog, et faire un retour sur un truc qui a mieux marché que prévu.

Une idée lancée en l’air autour de bières entre deux copains (*): un café vie privée, dans leur patelin au fond du Trégor.

En quelques mots, les “cafés vie privée”, ou les “install parties”, ou encore les “chiffro-fêtes” ou “cryptoparties” sont des rencontres qui sentent bon les effluves de geeks, de libristes, de libertaires et de cryptanarchistes.
Mais pas que.
Là où les “install parties” mettent le focus sur l’installation de systèmes d’exploitation sur ordinateurs et téléphones, les “cryptoparties” se concentrent davantage sur les sujets autour du chiffrement, et notamment l’échange de clés cryptographiques. Pour les “cafés vie privée” c’est un peu différent. On retrouve le même esprit, à savoir se poser dans un lieu convivial, papoter et faire des trucs cools, mais on va peut-être moins entrer dans le dur et être davantage dans la vulgarisation et le partage. Il en faut pour tous les goûts. Enfin bref chacun fait à sa sauce mais vous voyez l’idée.

Mais pourquoi en avoir organisé un ?
Parce qu’on avait, entre potes, l’envie.
Et paf.

Peu de temps après l’édition 2018 de Libre en Fête en Trégor, qui a bien cartonné soit dit en passant, Séb et moi avions une discussion, de celles qu’on retrouve autour de plusieurs pintes dans un bar entre copains (**):

« Ca te manque pas un peu l’ambiance de Libre en Fête ?
- Ouais carrément. Faudrait qu’on refasse un truc. Plus petit, sans pression ni ambition. Un truc intime, 40 danseurs, 80 musiciens, 300 invités.
- Genre chiffro-fête ?
- Oui, mais commencer doucement pour pas perdre tout le monde. Genre un gros meetup, mais pour tout le monde, du plus geek ou plus néophyte pour oublier personne.
- Ah bah un café vie privée alors ! »

Merci Séb pour l’idée !

L’idée de base donc : faire une truc tranquille, si ça attire 10 personnes c’est cool. Entre les meetups de Code d’Amor, le Libre en Fête et avant ça le Startup Weekend de Saint Brieuc, faire un truc sans trop de monde ni budget ni paperasserie ni pression c’est chouette.

Première étape: faire de la communication. Bon, service minimum, Twitter et Mastodon, et bouche à oreille. Sans prétention on a dit.

Ouais mais ok, question conne : on fait ça où ?

Ah. Ah bah oui. C’est vrai que quitte à y aller en freestyle, on n’avait rien prévu. Le lieu donc.

Déjà condition indispensable sur laquelle aucun de nous ne voulait transiger : un bar, qui sert de la bonne bière, en pinte. À Lannion, ça va, il y a des candidats. Par pure conscience professionnelle on a dû se faire un avis approfondi sur la question. On élimine ceux trop petits ou aux salles étouffantes, d’autres étaient fermés. Certains étaient commerciaux et trop bruyants. Et d’autres c’était non car on trouvait que les gérants étaient des gros cons. Ah bah oui, pour une fois on met le respect en prison.

Puis, vint l’idée lumineuse : Le Truc. Endroit super sympa, gérants adorables (merci Elise et William !), tapas et bières vraiment plaisants, et aussi, du choix pour les végans, les végétariens et ceux qui ne consomment pas d’alcool. Et en plus, cerise sur le gateau : ils avaient une toile et un vidéoprojecteur ! Nickel. Puis c’était notre repère aussi.

Tout comfort ! (Crédit : page Facebook du Truc)

Sauf que, on n’avait pas encore pensé à quelque chose. Le lieu, la date, la communication ok. Mais le contenu ? Ah oui, faut que ça plaise.

D’emblée, je propose un sujet sur un thème que j’aimais bien, les cryptomonnaies. Sur le coup ce n’était pas une mauvaise idée, mais finalement on aurait dû la garder pour la fin car le sujet était un peu hardcore quand même. Déjà fallait faire digérer le concept de cryptomonnaies, et ensuite faire comprendre ce qu’il y avait sous le capot de ZCash et Monero. Aouch.
Séb avait envie de parler de web fingerprinting et des usages des internets. Nickel, un sujet facile à aborder, complet, et qui va être bien intéressant. Et que les gens peuvent appliquer en rentrant à la maison !

Deux sujets c’est chouette, mais si on pouvait faire plus ?

À ce moment là ça commençait à partir en sucette, un peu. Trop d’idées d’un coup, trop de temps libre à meubler, et pas l’un pour rattraper l’autre. Alors, demandons aux copains !

Pas de chances syl de Nos Oignons était sous l’eau, pas grave, on comprend carrément. Tentons clochix alors ; bingo ! Il était super partant pour parler hygiène numérique, ça nous faisait plaisir car on aimait bien ce qu’il partageait sur les réseaux sociaux, et on avait appris un paquet de trucs grâce à lui. Allez on est fou, on tente aeris22 pour les mêmes raisons. Loupé, pas dispo et pas dans le coin, dommage !
Et je ne sais plus du tout comment, des copains de Saint Brieuc étaient chauds pour parler de leur projet de fournisseur d’accès internet associatif : FAIbreizh.
Parfait ! 4 sujets, on touche à plein de choses, ça va plaire, et y’a les potos.

Là on se dit bon, on est bien.

Y’a ce qu’il faut.

On a la communication, les sujets, le lieux, le cadre et l’ambiance du lieu, on incitera le public à être cool et à pas squatter le bar sans consommer, on poussera pas à la consommation pour autant, chacun se responsabilise.

Mais… encore une fois, pas l’un pour rattraper l’autre.

« Tiens, et si on avait de goodies ? Ce serait cool.
- Mais on demande à qui ?
- Allez au pif,
Qwant. On va demander à Tristan Nitot directement.
- Genre ?
- Genre. »

Et bah on a remercié Tristan pour les stickers et les flyers, ils ont fait fureur !

« Oui mais bon, FDN, FFDN, Framasoft, l’April, La Quadrature du Net… on tente ?
- Allez, au culot, on tente »

On a tenté. Et j’ai jamais eu autant de goodies. Et quand ce n’était pas directement les associations qui pensaient à nous comme Framasoft et FDN, c’était les adhérents ou sympathisants des autres qui habitaient dans le coin qui venaient avec ce qu’il fallait. Tout le monde a répondu.

On s’est pas dit sur le coup que si tout le monde nous suivait comme ça, c’est que y’avait du monde intéressé. Oups.

« Bon, c’est bien tout ça, mais si on faisait des goodies « utiles » ?
- Ah ouais, des caches webcams !
- Allez banco »

J’ai découvert Thingiverse. C’est pas bien Thingiverse. Faut vraiment pas que j’ai une imprimante 3D. Et paf les cache-webcams ! Un peu de sous dans la cagnotte participative du FabLab de Lannion et aussi dans le tiers lieu d’Orange, et hop.

Qualité de mise au point incroyable sur l’appareil de l’époque (photo de cache webcam)

Sauf que voilà, à un moment, on a les goodies en stock avec tout le reste mais une idée me trottait en tête… faire des affiches ? Non Séb va ronchonner, on a dit qu’on faisait un truc tranquille pour une fois, pas d’ambition. Relax.
Ca ne m’a pas empêché de le revoir un soir avec deux types d’affiches à mettre partout. Elles étaient jolies (tout est relatif bien entendu), et au moins on mettait les logos de ceux qui étaient avec nous, surtout le bar quand même. Hop, une dizaine d’affiches par ci par là… et on sera bon.

Pas un pro de GIMP, mais le job est fait.

Oui mais… mais il manque un truc. Un p’tit truc en plus pour la postérité. Après tout, en une soirée bien énervé y’a moyen. Pourquoi pas un site web ?

J’en connais un qui devait éviter les baffes de l’autre. Bon à ce rythme là on n’était plus trop dans le truc tranquille. Mais y’avait un site web tout simple de fait. Avec un nom de domaine en .bzh. Quand même, bordel cafe-vie-privee-lannion.bzh ça claque.

On était bien. Bien bien bien.

Un peu loin de l’idée de base dans un coin de bar avec 3 bouts de ficelles et une planche sur tréteaux, mais bon.

Sauf que la ville avait relayé l’info (on avait dû mettre ça dans l’agenda, je ne sais plus) et… les médias locaux ce sont intéressés à nous.
Un. Puis deux. Puis trois. Merde, pas prévu non plus ça. Et même la radio, car le journaliste était déjà bien sensibilisé à la protection de la vie privée ! Et aussi l’info fut diffusée via l’Agenda du Libre.

Et donc c’est parti pour les articles de presse. Le seul regret, c’est qu’on voulait amorcer un truc, lancer une idée, et ensuite que chacun puisse prendre les clés du camion et continuer après nous. On ne voulait surtout pas qu’on soit identifiés comme les deux barbus qui gèrent ça. Pour ça qu’on ne voulait pas faire d’association ou de collectif à l’avenir. Mais bon, les articles de presse sans photos ni citation des personnes… allez on se plie à l’exercice. Nous qui adorons les photos en plus.

Donc on en est là.

Lieu, ambiance, sujets, goodies, goodies faits maison, copains. Affiches. Articles de presse. Site web. Annonce municipale. Bien, bien loin du truc initial, on s’est pas ménagé finalement. Et vint le jour J.

On s’installe, pépouze, no stress, on a tout le matos. Elise et William avaient tout préparé, de vrais amours, et leurs chats se demandaient ce qui allait se passer.
Puis viennent les copains, avec leurs potes.
Et leurs potes ont ramené des potes. On est une grosse dizaine, on va commencer.
Puis ça rentre dans le bar, et nous rejoint. Une vingtaine, cool ! On commence, on attend encore quelques instants, puis encore du monde.
Oui, y’avait déjà des gens qui étaient dans le bar avant notre arrivée ; on pensait qu’ils vivaient leur vie tranquille mais non, ils nous attendaient.
Une trentaine de personnes, chouette. Par contre la salle dans le bar est pleine. C’est cool mais faut pas plus, allez on lance.

On démarre le premier sujet… et ça n’arrête pas. Ca rentre, ça rentre, ça rentre. Plus de place pour voir les diapos. Un peu galère pour circuler et prendre une mousse ou des tapas.

Et ça rentre encore, on en est à un quarantaine. Oui mais y’avait aussi les potes des potes de Saint Brieuc dans les embouteillages, qui arrivent plus tard.

On est presque une cinquantaine. Merde, c’était pas prévu. Et gros soucis : on n’avait pas de micro. Car autant à 10 dans un coin de salle, ça va. Mais autant de monde dans un bar bondé avec des murs épais… fallait un micro. Bon plus qu’à faire sans ! Heureusement que le bar faisait des grogs. Bobo la gorge.

Et finalement ? Ca a cartonné. Elise et William étaient contents, même si les gens auraient pu ne pa se contenter de rester à écouter sans prendre un truc. Ça par contre ça me m'a bien gonflé. Mais on m'a appris à ne pas être exigeant avec les autres, juste moi-même.

Le public ? Ravi aussi, même si le sujet des cryptomonnaies au début avait bien fait flipper. Les autres sujets ont vraiment été appréciés, et ont permis d’avoir des échanges entre les uns et les autres. On commençait à créer un truc bien sympa, convivial, ouvert, respectueux et plein de partage. Les gens sont rentrés chez eux avec quelque chose à mettre en pratique, ils ne sont pas venus pour rien. Ça, ça vaut de l’or.

Et nous dans tout ça ? Foutrement contents. Ca avait cartonné. Bon, portés par l’idée on ne maitrisait plus rien et on avait bien explosé le peu d’ambition de base, mais ça valait le coup.

On s‘était dit qu’on allait recommencer tous les 2 ou 3 mois, parler des OS pour smartphones, et caler des session d’échanges de clés. Y’avait moyen.

Mais… mais finalement l’un comme l’autre on a eu nos contraintes pros et persos, et finalement on a quitté la région. Séb d’abord, puis moi. On avait lancé quelques bouteilles à la mer pour que d’autres reprennent le bébé, mais ça n’a pas marché. Alors, un peu dépités quand même, on s’est dit qu’au moins on aurait fait un truc chouette au Truc, avec des bons moments et des copains qui ont bien aidé. Et que ça a servi aux gens. Les comptes Twitter et Mastodon ont été supprimés, pas fan d’avoir des comptes qui étaient inactifs.

On a gardé le site web par contre, c’est pas pour ce que coûte l’hébergement web et le nom de domaine. On en a profité pour y rendre accessibles les supports de présentation, et aussi quelques ressources pour aller plus loin. Il y aura de beaux restes.

Voilà ce que peut donner une idée lancée comme ça, entre deux potes (***), autours de bières. Faut s’attendre à tout, même au meilleur ! D’ailleurs on a refait un dossier de presse après le truc.

“Tweet du jour” de Ouest France en date du 23/20/2018

(*) madame était là aussi, et je la remercie de pas s’être enfuie vu les échanges qu’on avait Seb et moi ❤
(**) mais je l’aime hein !
(***) elle va me tuer
🙀

Software crafter, digital punker — pylapersonne.info

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